Neuvième jour



Neuvième jour.

Encore et toujours cloîtrée entre mes quatre murs blancs, tout comme la plupart des gens. Évidemment, j’ai accès à l’espace de mon appartement tout entier, mais paraît-t-il que tout est aussi blanc. Je ne sais pas si dans la situation actuelle, c’est un détail qui s’avère être irritant ou apaisant. L’éclat de ces cloisons de plâtre tâchées me rappelle une pureté oubliée. La quiétude et l’absence. J’écris en essayant cette fois de ne pas trop réfléchir ce qui, en réalité, semble s’éloigner de mes habiletés. Marguerite Duras aura su m’inspirer quelques idées. Voyons voir où elles oseront me mener.

Montréal est plus libre qu’elle ne l’a jamais été. Toute fréquentation l’a délaissé pour aller s'enfermer dans un petit rez-de-chaussée. Les chaises sont posées tête à l’envers sur les tables du café le plus achalandé du quartier. Les voitures sont garées depuis plusieurs jours déjà et s’abstiennent d’être déplacées. Tout est fermé jusqu’au 1er mai. Du moins, c’est ce qu’ils disent. Toutefois, nous supposons tous que la réelle durée de ce confinement demeure indéterminée. Le Monde entier s’est assoupi et la Terre a presque complètement cessé de tourner. Nous voilà tous confronté à la solitude et à l’isolement social dans le but de sauver notre prochain. Tout un paradoxe ; plus nous nous tenons loin les uns des autres, plus nous contribuons à la survie de l’espèce humaine. Bon, j’exagère peut-être un peu. Mais reste-t-il qu’il y a quelque chose de beau dans l’adversité de cette conjoncture. Nous sommes forcés de nous retrouver. Nous sommes contraints de retourner à l’essentiel. Et c’est beau, oui. Il existe un brin de réconfort dans cette obligation de ralentir et c’est doux. Pour la planète, pour les autres, pour nos proches aussi. Mais c’est surtout conciliant, apaisant et rassurant pour soi-même de se remettre en priorité. Lentement, on peut effacer la disparité et la comparaison pour laisser place à plus de compassion. Nous voilà moins pressés, pour une fois. On ne nous a plus laissé d’autre choix que de devenir créatifs pour consommer notre temps. Nous nous sommes trop longtemps essoufflés à courir contre la montre car notre société capitaliste a oublié de nous apprendre à respirer. Et soudain, les heures abondent, à ignorer que faire de nos secondes.


Je pourrais m’éterniser à écrire sur tous les côtés positifs de ce "congé" improvisé, mais j’ai encore plus envie de te demander :


Et toi, c’est quand la dernière fois où tu as fait quelque chose parce que tu le voulais vraiment et non juste parce qu’il le fallait ?


© 2020 Lespetitsbonheurs

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